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    Quand une simple planche de bois prend toute son importance [PV Charity]

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    La France. Jamais Ai n'aurait ne serait-ce que songé y venir. Il aimait l'Irlande, elle était son cœur et son âme. Elle portait ses souvenirs et ceux de son père. Ceux pour lesquels il s'était sacrifié. Pourtant il était là. Les aléas de la vie avaient toujours été ce qu'ils étaient. Rien de dramatique, encore. Ce n'était qu'un changement, et la vie en était pleine. Elle était faite de ceux-ci. Ils étaient bons, en quelque sorte. Comme une eau stagnante croupissait, l'homme était. L'Homme était, même. Quoiqu'il était à peu près certain de son propre genre. Il le croisait suffisamment souvent dans la journée, au vu des litres d'eau qu'il ingurgitait. Mais ce n'était pas exactement la question...

    Ainsi donc, il s'était retrouvé dans ce pays inconnu. Il avait gagné une forêt, immense et magnifique, mais il avait perdu son lac de montagne. C'était certainement ce qui, au fond, l'attristait le plus. Il ressentait le mal de cet endroit, plus que de son pays, ou de sa maison. Le quartier avait existé avant lui, et continuerait. Quelqu'un s'occupait de son père, et le matériel n'était que cela, en définitive. Il y avait beaucoup réfléchi. Il avait projeté, paraissait-il. Ses souvenirs, sur cet endroit. Comme s'ils n'avaient pu exister que là. Alors qu'ils étaient partout. Et surtout en lui, dans cet espace de sérénité qu'il ne parvenait à atteindre que lorsqu'il bloquait son ouïe. Ou le peu qu'il en restait au moins.

    Et là encore, ce n'était pas vraiment le sujet. En réalité, Ai n'avait rien contre la France. Contre les Français c'était encore une autre problématique. Même pour les emplois les plus subalternes, ils semblaient à cheval sur les diplômes. Ils étaient mal tombés avec lui. Pourtant, il avait fini par réussir à en accumuler juste assez pour payer un logement. Rien à voir avec ce qu'il avait laissé chez lui, pourtant. Peu importait. Être en ville l'oppressait. Mais comme chaque soir depuis qu'il avait décroché cet emploi, il avait quitté le musée et avait prit son vélo jusqu'à un bar, se garant dans une allée, et rentrant par la porte de service, avant d'enfiler son uniforme, un pantalon noir qu'ils avaient eu du mal à trouver à sa taille, et un t-shirt à l'effigie de l'endroit, avec des bottines de type rangers. Il était aussi forcé d'attaché ses cheveux en queue de cheval. Mais rien n'était grave. Le pire... Le pire était la musique. Pas vraiment en sourdine, et retentissant du côté gauche, l'assourdissant presque totalement, cette fois.

    Pourtant il ne détestait pas cet endroit. Lors de certaines soirées thématiques, la musique était moins forte, et l'ambiance se faisait plus feutrée, propice à la discussion. Comme ce jour-là. Le groupe aurait été agréable à écouter s'il avait pu le faire confortablement, et les clients calmes. Il n'avait presque pas mal au dos de devoir se pencher pour les écouter du haut de son mètre quatre-vingt dix passé, et servait sans discontinuer, ou presque, souriant paisiblement. Il aimait les aider, parfois juste en prêtant une oreille attentive (et une seule), même sans donner de conseil. C'était... apaisant, d'une façon. De créer à nouveau ce microcosme d'entraide dans lequel il nageait en Irlande. Ramener la maison ici. Une idée nouvelle, mais séduisante...
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    Un article dans la gazette locale, sur un groupe local... Pourquoi pas ? J'aimais bien faire ce genre de ptits boulots moins... commerciaux de temps en temps. Et puis mine de rien, il y avait des bons groupes dans le coin, et j'adorais fureter un peu partout pour trouver LA perle rare qui me ferait passer une bonne soirée, puis écrire un bon article. C'était donc dans cette optique de vouloir passer un bon moment pour ensuite faire une petit rentrée d'argent qui fait plaisir que je passais la porte de ce bar à ambiance.

    L'endroit était feutré, confortable, tout ce que j'aimais. Je me posais tranquillement au milieu du comptoir, à un endroit où les gens hésiteraient peu s'ils voulaient m'aborder. Discuter était le meilleur moyen d'avoir d'autres avis sur la musique, et ainsi se faire un point de vue objectif, sans entrer dans les détails spéciaux. Pour le genre d'articles qui m'amenaient ici, ce n'était pas l'essentiel. Juste montrer aux gens qu'il restait des choses à découvrir était un plaisir. Je soupirai d'aise en m'installant confortablement et attendit patiemment que le barman s'approche. J'avais tout mon temps, je n'allais pas faire ma chieuse. Et l'ambiance n'était pas à ça. Heureusement. J'avais envie de me laisser porter par le rythme ce soir.

    Le groupe qui jouait le faisait bien, c'était très rythmé mais doux, comme une brise d'été. Un pur délice auditif pour moi, je regardai l'affiche avec le nom du groupe et me le répétais intérieurement plusieurs fois pour ne pas l'oublier, et en parler à mon frère aussi, des fois que. Je les regardais jouer, avec un sourire sur les lèvres, hochant la tête en rythme avec la batterie. Douce et mélodique comme il faut... Un soupir et je me retournais vers le bar pour commander un gin tonic.

    Une mèche me tomba devant les yeux, je la repoussais et ébouriffai mes cheveux d'un geste vif. Le pied bougeant selon les variations de la musique, tapant légèrement contre le bois du comptoir, je regardais le barman déambuler devant moi, à l'aise et souriant. Il croisa brièvement mon regard, je lui souris gentiment et bu un gorgée de mon gin.

    « Vous avez souvent des groupes comme ça ici ? » demandai – je, curieuse, dès qu'il revint dans mes parages.
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    Les clients allaient et venaient, le principe même du bar. C'était une impression étrange, comme avancer et retirer un caillou de la mare. Parfois, avec la simple entrée d'une personne, toute l'ambiance d'une pièce pouvait changer. Comme elle le faisait en fonction de la musique. Elle l'impactait moins, mais il l'entendait par procuration, en quelque sorte. En voyant leurs visages détendus et souriants, il en imaginait les sentiments et la profondeur. Et pas uniquement cette suite de sons un peu plats qui lui parvenaient. Tout cela pour dire que lorsque cette personne était entrée dans le bar, quelque chose avait changé. Comme un changement de focus, quoiqu'il ne s'y connût pas plus en photographie qu'en musique. Il n'en avait jamais tout à fait trouvé l'intérêt. Figer un sentiment, une impression, un moment, à peine un passage, une émotion. Une photo pouvait-elle vraiment serrer le cœur, tirer des larmes, comme la nature le pouvait, comme les Hommes le pouvaient? Il en doutait, mais il ne l'aurait pas affirmé.

    Tout cela pour dire qu'au fil des ans, et de ses emplois, de ses envies, aussi, il était devenu plus sensible, simplement, à ces flux. Ce n'était pas vraiment cela. Plus des impressions, vraiment. Comme lorsqu'il sentait un regard posé sur lui, à peu près la même chose. Et lorsqu'il... Elle? Il n'en avait aucune idée, en fait. Lorsque cet individu était rentré, donc, une partie de l'attention avait divergé vers celui-ci. Il en avait entendu parler, à défaut d'en avoir beaucoup lui-même, du charisme. La qualité des dirigeants, des bons acteurs... Une apparence attractive. Une façade à laquelle il ne souhaitait pas s'attacher. Il aimait autre chose. L'incongruité d'une étoile reflétée dans un éclat de verre, un poisson nageant autour de lui dans la quiétude du lac de son enfance, un grain de beauté sous un œil... Ses pensées divaguaient.

    Il n'avait pas besoin de regarder cette personne pour savoir où en était sa progression. Il suffisait de voir les autres clients. Il sourit. Il comprenait la fascination que certains pouvaient avoir, ressentir. Il sentit sa nuque craquer en tournant la tête pour entendre une commande. Être seul derrière le bar pouvait être épuisant, et il n'avait pas autant de temps à consacrer aux clients qu'il l'aurait voulu. Il servit le gin and tonic, un autre client, puis revint souffler un peu, au milieu. Il jeta un regard désabusé à ses tennis usées. Rester debout si longtemps n'était pas une nouveauté... Il fut interrompu par sa voix. Et un sourire. Ses lèvres s'étirèrent en réponse, comme souvent. Il se pencha pour ne pas avoir à crier. Il peinait parfois à contrôler le volume de sa voix. Et le fait qu'elle soit si grave, résonnant dans sa poitrine, ne lui permettait pas de porter excessivement. Il articulait ses mots à l'excès, parlant lentement. Peut-être trop parfois, raison pour laquelle il préférait ne pas le faire, souvent.

    "De ce style? Ou des groupes tout court? Tous les vendredis, la soirée est à thème..."

    En quel langue avait-il parlé? Aucune idée. Mais il était lancé, et quoiqu'il arrive, il se rendrait bien compte de s'il recevait une réponse ou non. Il avait légèrement tourné la tête. Cela n'aidait pas à regarder les gens dans les yeux, mais au moins, il les entendait correctement.

    "Je ne vous avais jamais vu ici. Et les autres clients non plus, vu comme ils vous regardent depuis que vous êtes... là."

    Il avait manqué dire "entré". Mais il ne savait pas si ce n'était pas "entrée". Puis il se rendit compte que c'était une réflexion sans aucun sens. Les deux sonnaient exactement pareil...
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    Il se pencha vers moi, et tourna légèrement la tête ce qui m'intrigua un peu, mais pas assez pour ne pas prêter attention à sa voix qui se mêlait subtilement au bruit ambiant. Grave et douce, une voix de chanteur, s' il lui en prenait l'envie, j'étais sûre qu'il pouvait faire un bon interprète. Et j'allais certainement revenir tout les vendredis ici, surtout si ça me permettait de passer une soirée en musique, j’espérais qu'il y avait toujours des bon groupes comme ça.  

    Le gin roula dans ma gorge avant que je n'ouvre la bouche.

    « Ce style de musique, un peu douce, rythmée et feutrée, avec une touche de jazz ou de blues... Qui donne de l'ambiance mais sans en faire trop... Mais je retiens le jour de la semaine, je reviendrais. » répondis – je.


    Je haussai un sourcils, surprise par cette remarque, enfin, la fin de la remarque. Je jetai un coup d’œil aux alentours, et remarquai en effet un certain nombre de regard arrêtés sur ma personne, mais sans être gênants. J'eus un sourire en coin, je ne m'étais pas rendu compte que j'attirais tant l’œil que ça, j'étais plutôt soft ce soir niveau fringue et tout. Je haussai les épaules en souriant au barman.


    « Je ne connaissais pas vraiment, j'ai mes habitudes dans un autre bar un peu plus loin. Mais je reviendrais ici, j'aime bien l'ambiance. Je voulais changer un peu, et puis écouter de la musique... Et je suis aussi en partie là pour le travail... » finis – je en soupirant légèrement.

    Y pensant soudainement, j'allumai mon portable et actionnai l'enregistrement vocal, pour avoir un extrait de leur musique qui tourne pendant que j'écrirais mon article, pour ne pas raconter de la crotte de raton. Et puis, pour le plaisir de les ré – écouter plus tard aussi, il fallait l'admettre.

    « Vous travaillez ici depuis longtemps ? » demandai – je avec ma curiosité habituelle pour les petites vies d'autrui. Ce n'était pas morbide ou quoi que ce soit, s'ils ne voulaient pas me répondre, tant pis. Mais j'aimais bien en apprendre sur les gens que je croisais, rencontrais, ou autre. C'était juste, je n'aimais pas ne rien savoir sur les gens autour de moi.
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    Ce style de musique, alors que suivait la description. Cela, plus que son apparence, le fascinait. Les connaissances. Que cette personne en sache autant sur quelque chose qui lui semblait si étrange. Comme ces étudiants en art, ou ces grands écrivains. Il n'avait rien de tout cela, mais apportait sa pierre à l'édifice d'une autre façon, certainement. Il se contenta de hocher la tête. Après tout, à cela il ne pouvait rien répondre. Il n'écoutait pas de musique hors d'ici et il se doutait qu'il ne serait pas très bon. Il avait entendu parler de sourds jouant de la batterie. Il comprenait, les vibrations... Mais cette demi-entente... S'il l'avait vraiment voulu, il ne doutait pas qu'il en aurait été capable. Parce qu'il refusait de se dire que même si on le voulait vraiment on pouvait encore échouer. Il en était l'exemple même. Mais cette histoire serait pour un autre jour complètement.

    Je vis le client se tourner, regarder les autres, qui détournèrent promptement la tête. C'était... intéressant de voir comme l'arrivée d'une personne pouvait être comme un pavé dans une mare. Comme lorsque le dominant de la meute entre. Voilà, c'était quelque chose comme cela, ce charisme. Il répondit pourtant à son sourire. Et au haussement d'épaules par un hochement léger de la tête. De toute évidence, ce n'était pas vraiment une nouveauté. Il se demanda un instant ce que cela faisait d'être le brochet, en se disant qu'il préférait être une sardine. Surprenante métaphore. Il l'écouta parler avec attention, avant de devoir aller servir un autre client. Il revint lorsque lui fut demandée son ancienneté. Il secoua légèrement la tête, toujours souriant, avant de prendre une gorgée de sa bouteille d'eau.

    "Je débute ici. Vous dites pour le travail... Vous êtes payé à écouter de la musique?"

    Cela lui paraissait complètement aberrant, sans se rendre compte ce que sa naïveté pouvait avoir d'offensant. Jamais un tel métier ne lui serait venu à l'esprit. Il fallait certainement faire de longues études en musique. Ou quelque chose du genre... Pas exactement ce qu'il aurait aimé, ou pu, faire...
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    Sa surprise flagrante était amusante, aussi riais – je sans méchanceté. Après tout pour beaucoup de gens ce que je faisais était inutile, et pour d'autre d'une importance capitale.  Mine de rien, avant d'acheter un livre ou une musique, quand on voit les prix actuels, on réfléchit à deux fois, et on va lire une critique. Et l'avantage d'être critique c'était que j'étais payée pour lire entre autre. Et franchement, être payé à faire quelque chose qu'on aime… C'est magique. Même si c'est pas toujours stable comme boulot.

    « Oui, j'écris des critiques musicales et littéraire. Du coup, on peut dire que je suis payée à écouter de la musique en effet. » dis – je avec un sourire.

    J'avais remarqué qu'il n'arrêtait pas de boire à sa bouteille, ce devait être épuisant de bosser dans un bar. Tiens, faudrait que j'essaie un jour : bosser juste le soir dans un bar ou un truc dans le genre, comme je n'ai pas d'horaires pour les journaux (sauf pour rendre les articles), ça le ferait sans problème. Et ça arrondirait encore plus les fins de mois qui étaient parfois difficiles.

    En fait non, je ne supporterais pas d'écouter des gens se plaindre de leurs problèmes et boire sans s'arrêter toute la semaine. Je frissonnai, quelle horreur en fait. Et puis j'ai pas le tact pour gérer des mec ou des femmes bourrés. Juste pas du tout. Et c'est un euphémisme. Je soupirai.

    « Vous aimez la musique ? Ça vous convient de bosser dans un bouge comme ça ? » demandai – je curieuse, parce qu'il avait l'air content d'être là, et j'avais du mal à le concevoir après mes réflexions précédentes…

    « Vous n'aimez pas faire autre chose ? Ou vous avez un autre travail pendant la journée ? »

    Après tout, quand j'avais rien à faire je m'occupais de mes animaux, ou m tournais les pouces dans mon appartement, ou allais courir. Il devait bien avoir des hobbies lui aussi. Ouai, j'étais en mode enquêtrice, pour assouvir ma curiosité personnelle. En fait je pouvais paraître vachement glauque quand on y pensait… Mais bon, je savais que si les gens voulaient pas me répondre, ils ne le feraient pas.
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    Le client avait ri. Il ne l'avait pas vexé. C'était... Une excellente nouvelle. Il sourit encore. Il ne riait pas beaucoup, mais ses sourires étaient aussi larges. Être payé à écouter de la musique et lire des livres. La musique était une chose, il n'aurait pu le faire. Mais même lire. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas cela. Non, loin de là. Il aimait qu'on lui lise des histoires, même si personne n'avait jamais vraiment eu la patience de le faire. Mais devoir se fermer au monde, détacher les yeux de la beauté du monde et de la nature pour se plonger dans les mots d'un autre au lieu d'inventer les siens... Il ne l'aurait pas supporté. Mais il avait l'air d'aimer. Il... Oui, définitivement. C'était un travail idéal. Il ne voyait pas ce qui pourrait être le sien. Hormis... pêcher, ou jardiner, peut-être? Difficile à dire. Il prit une nouvelle gorgée d'eau, et elle, ou il, continua à parler.

    Parler de lui. Il sourit encore. Il n'avait aucune honte, aucune pudeur. Il n'avait rien à cacher, véritablement. Alors il se contenta d'appuyer ses avant-bras sur le comptoir, croisant les doigts en exposant le dos de sa main couvert d'un tatouage tribal qui remontait sous son t-shirt à manches longues. Il sortit un nouveau gin and tonic qu'il posa devant la personne. Il souriait toujours, se tournant légèrement pour cette fois la regarder en face. Il n'était pas question, cette fois, d'entendre. Mais de se faire entendre. Il lui était arrivé de se demander ce que cela faisait, d'entendre vraiment. Avec richesse et profondeur. D'apprécier tout à fait ces mélodies qui semblaient envoûtantes. C'était l'impression que lui donnait la frénésie de danse. Ou alors était-ce l'alcool qui parlait dans ces cas-là... Difficile à dire. Il répondit donc, cherchant des mots simples pour raccourcir son discours. Il n'était pas doué pour cela non plus. Pas un poète, et moins encore un grand orateur. Pourtant, il n'arrivait pas à se résigner à... couper le lien.

    "C'est agréable d'écouter les gens. De les aider à vider leur sac. C'est un... support gratuit. Juste le prix du verre."

    Il lui fit un clin d’œil, souriant. Ce n'était pas affaire de politique de la maison, ou même de séduction. C'était une plaisanterie. Mauvaise qui plus était, comme la plupart au demeurant. Pourtant, il lui semblait étrange que cette personne s'intéresse à lui. D'ordinaire, au bar, c'était plutôt l'inverse. Le client ne venait pas chercher l'expérience d'un autre, mais exprimer la sienne. Se vanter aussi, parfois, en sachant trouver un public ouvert et charitable. Pleurer, pour certains. Se révéler, même. Aux autres, à eux-même. Se dévoiler parfois au sens propre du terme. Et la délicatesse de les éconduire lui faisait penser à la sensibilité à fleur de peau d'une jeune fille effarouchée lors de sa première confession. C'était tout à fait déterminant, pour la réputation d'un bar, la façon dont les clients saouls étaient dirigés. Et c'était tout ce qu'il aimait. Entre autres choses.

    "J'aime d'autres choses. Mais cet endroit permet l'interaction. La musique aide. Elle fait naître des discussions. Comme pour vous et moi."

    Il sourit encore. Il aurait trouvé cela malpoli de lui dire de but en blanc qu'il n'aimait pas la musique alors que c'était, en partie, son métier. Il n'était ni le plus sensible, ni le plus délicat, mais il pouvait, parfois, faire preuve de tact. Parfois...

    "Et vous? Vous n'aimez que lire et la musique?"

    Il ne s'était pas redressé du comptoir. Ce n'était pas follement confortable, mais l'endroit était calme, il pouvait se le permettre, pour l'instant au moins.
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    Je haussai les sourcils. Chacun ses délires semblerait, parce qu'écouter les gens qu'on a abordé, d'accord, mais tout les jours ? Ah quelle horreur ! Pourtant son sourire était sincère, et ses paroles simples, sans ornements, directes. Comme je les aimais. Ce mec, il avait un truc avec les gens. Pour les supporter, pour avoir la gentillesse de les écouter, la fermeté de les éconduire. Un truc qui tenait de la sensibilité que je n'arrivais pas à avoir naturellement. Sauf avec mes amis, et ma famille, et encore, ça dépendait des jours. J'étais impressionnée, admirative du détachement avec lequel il parlait de cela. Et il semblait s'amuser, son clin d’œil était parlant sur ce point.

    Je hochai la tête, s'il y avait bien une chose que je comprenais, c'était ça. Le désir d'interaction avec les gens.

    « La musique est l'origine de presque tout. Elle se niche dans nos cœurs quand on s'y attend le moins, c'est sa magie. »

    Ou la ! Je me sentais l'âme poétique ce soir décidément…

    « Je comprends ce que vous voulez dire cependant. » ajoutai – je en sirotant le verre qu'il venait de remplir.

    Il n'avait pas tout à fait répondu à ma question, mais qu'importait, il y avait un peu répondu, c'était déjà ça. Je souris en entendant la sienne, de question et réfléchit quelques instants.

    « Et bien, je dirais que j'aime mes animaux et les animaux en général. Et courir. Et ma famille. Mais ça manque d'originalité. Mon frère m'a appris à jouer de la guitare et de la basse, il m'arrive d'en jouer. Et j'aime customiser mes habits aussi, parfois. Mais vous n'avez pas tout à fait répondu, vous aimer chanter ? Faire du vélo ? Dessiner ? »

    Je lui souriais et me penchais moi aussi vers le bar, dans une position propre à la confidence. J'étais à fond ce soir décidément.
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    Il avait vu la surprise. Elle l'amusait, en réalité, sans moquerie ou méchanceté. Tous n'étaient pas égaux devant l'empathie. Ou n'était-ce pas cela? Peut-être se vantait-il sans en avoir véritablement les capacités. Ce devait être cela. Il n'était qu'un jeune homme (plus si jeune) ordinaire. Qui travaillait pour vivre et s'en sortait comme il le pouvait. En essayant de faire ce qu'il aimait. Ce qui lui convenait absolument. Même lorsqu'il rencontrait de ces intelligences supérieures qu'il ne pourrait même approcher. Oh, cette poésie, par exemple. Il n'en aurait pas été capable, et pourtant, il n'enviait pas sa capacité. Il était simplement admiratif. Chacun était différent, et c'était bien ce qui faisait l'intérêt des Hommes. Et l'importance des interactions. Ensemble, ils étaient plus forts, parce qu'ils n'avaient pas tous les mêmes compétences. Exactement.

    Il l'écouta attentivement répondre. Les animaux. Il aimait les animaux. Ai n'avait rien contre eux, mais il n'aurait pas eu d'animal de compagnie. Il trouvait cela barbare. Pas vraiment, en réalité. Mais ce n'était pas vraiment quelque chose qu'il appréciait. Ou qu'il se serait senti à l'aise de faire. Il l'observa de plus près lorsqu'il évoqua les vêtements. Il n'y prêtait guère attention à l'ordinaire. Il portait son uniforme, rien de bien seyant. Et le reste du temps... C'était pire. Pourtant, lorsque la question de ses passe-temps fut réitérée, il ne put s'empêcher de rire à l'idée de chanter. Il était entre-deux. Il ne pourrait jamais tout à fait être un entendant et s'adonner à ce genre de passion, et il ne serait jamais non plus entièrement sourd. Un seuil. Il secoua la tête, libérant une boucle qui vint jouer sur son front, sa queue de cheval balançant en rythme.

    "Navré... Non, je ne chante pas. Et je fais effectivement mes trajets à vélo, mais plus par commodité que par passion. Trouvez cela étrange si vous le souhaitez, mais j'aime nager. Aller jusqu'au milieu d'une grande étendue d'eau placide et m'y laisser submerger. Voilà ce que je fais de mon temps libre. Et je jardine, lorsque j'ai l'occasion, aussi. Mais ici, difficile de trouver des potagers. Pas assez de verdure..."

    Il haussa une épaule, appuyé contre le bar. Il souriait encore.

    "Votre frère est musicien, alors?"
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    Ohohoh!! Un peu poète aussi visiblement, comme quoi nous avons tous LE truc qui nous touche plus que les autres, moi c'était la musique, et les livres. Lui c'était l'eau, et la nage. Chacun son truc après tout. Et c'était très doux, sa façon de l'évoquer… J'aimais bien. Décidément, c'était un vrai écolo dans l'âme, lui. Altruiste et écologiste, il était pas sorti de l'auberge dans le monde dans lequel on vit… D'accord, moi aussi ces derniers temps je me sentais un peu plus touchée par ce genre de truc… Et je ne parle même pas de mon escapade en forêt avec l'autre islandais amnésique, j'étais toujours en pleine réflexion existentielle à ce propos. Mais après tout pourquoi pas ? Je voulais bien protéger les animaux, pourquoi pas l'eau et la nature en plus. Ou pas. Ça ma fatiguait d'avance, c'était tellement le « problème de notre époque », et tellement insurmontable. Tout le monde faisait genre de s'y intéresser, personne ne faisait vraiment quelque chose. Je trouvais sa manière d'aborder la nature plus… sincère.

    Ce mec dégageait la sincérité en fait. Je penchai la tête sur le côté. Oui, plus sincère que lui tu meurs, il n'avait visiblement rien à cacher. C'était peut-être pour cela qu'il était un bon barman. Il avait la tête d'une personne de confiance. Je souris et hochai la tête.

    « Si vous aimez jardiner… Je dis ça je dis rien, mais il me semble que la ville loue des petites parcelles de terre dans les quartiers est pour que les gens puissent avoir des jardins et potagers. C'est, me semble-t-il peu cher et si vous aimez ça, ça peut être une bonne alternative, non ? » remarquai – je même s'il semblait s'être fait une raison sur le manque de verdure de la ville.

    Je devais avouer que parfois ça me titillait, j'aimais courir dans l'air pur, et c'était mieux pour ma santé aussi d'ailleurs. Donc je devais sortir de la ville pour cela, et c'était chiant de devoir prendre la voiture. Surtout après avoir couru, quand je puais le coyote.

    « Mon frère est ingénieur son, et c'est un touche à tout. Il a fait partie d'un groupe pendant son adolescence, chant et batterie. Je crois que s'il le voulait il pourrait toucher à tout, il a l'Oreille. » Je secouai la tête en souriant. « C'est un grand fou, il part parfois sans prévenir faire tel ou tel festival. » Je soupirai en haussant les épaules. « C'est grâce à lui que j'ai toutes ces connaissances dans la musique. Je ne me plains pas. Sans ça, la moitié de mon salaire n'existerait même pas. » Il fallait être réaliste un peu, je lui devait beaucoup sur ce plan. Les critiques de livres ce n'était pas tout...

    « Et bien sûr, par effet de cause à conséquence, s'il n'avait pas fait ça, je ne serais pas là ce soir à discuter avec vous dans une si bonne ambiance. » dis – je avec un clin d’œil amusé.

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